Comment évoquer un lieu dont le paysage ne porte plus aucune trace ? Cette interrogation traverse ce projet qui prend pour point de départ le camp du Grand Arenas à Marseille. Marqué par une architecture d’urgence des plus singulières comme par le passage de nombreux migrants au sortir de la seconde guerre mondiale, ce camp aujourd’hui disparu croise l’histoire personnelle comme la mémoire collective. J’ai choisi d’aborder les lieux en les arpentant. Je réalise une série d’actions dans le paysage. L’approche documentaire qui ressort des images est souvent perturbée par le traitement formel qui vient déstabiliser le point de vue.   

Le camp du Grand Arenas (1944-1966) construit en marge de la ville dans un paysage désertique, à proximité de la prison des Baumettes, a également été successivement un théâtre marginal de la Libération, de la décolonisation comme de la Reconstruction. Dans ce lieu de passage aux conditions de vie des plus rudimentaires ont notamment transité déportés, Vietnamiens, Juifs d’Afrique du nord en quête de terre promise à l’heure des réveils indépendantistes. Or, ce lieu a progressivement été effacé de la mémoire collective. Le site ne porte plus aucune trace de cette histoire souvent passée sous silence par ceux qui en ont fait l’épreuve. L’architecture d’urgence imaginée par Fernand Pouillon se présentait alors comme « un immense champ de demi-tonneaux », des bâtiments en arc de cercle surnommés « drôles de baraques ». En parcourant un périmètre qui délimitait le terrain du camp d’Arenas, auquel sont encore associés les noms de chemin de Sormiou, Traverse de la Jarre ou quartier de la Cayolle, je documente ma marche, en collectant des traces. Ce projet au long cours évoque dans son mode opératoire la notion de paradigme indiciaire, le rôle privilégié que jouent les traces et indices pour déchiffrer une réalité opaque.